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Charles Onana «sidéré» par le «déficit de connaissances» des dirigeants africains. Par Eugène C. Shema - 29/04/2015

Le journaliste d’investigation et essayiste franco-camerounais était invité sur une chaine locale mardi soir pour parler de son dernier livre sur les événements de 1994 au Rwanda

 

De passage dans son pays natal, le journaliste d’investigation et essayiste franco-camerounais Charles Onana était invité mardi soir, 28 avril, sur le plateau de la chaine de télévision privée Canal 2 International, dans le cadre de la nouvelle émission «1 sur 7», présentée par Joly Koum. 

L’auteur d’une demi-dizaine d’enquêtes sur le Rwanda venait discuter du contenu de son dernier livre sur ce pays d’Afrique de l’est médiatisé avec le «génocide» de 1994, livre intitulé: «La France dans la terreur rwandaise», publié aux éditions Duboiris en mars 2014. 

Après avoir décrié, à l’entame de l’émission, des personnes qui le critiquent sans avoir lu «la moindre ligne de ses livres», l’essayiste a décoché des flèches à l’endroit des dirigeants africains à la fin de l’émission, au moment où il lui était demandé des pistes pour éviter des drames sur le continent à l’image du Rwanda des années 1994. 

«En Afrique aujourd’hui, on est confronté à un problème d’accès à la connaissance. On a l’habitude de considérer l’accès à la connaissance de façon condescendante, comme quelque chose qui doit concerner des étudiants, des personnes ignorantes, etc. Mais pour avoir côtoyé de nombreux dirigeants africains, des anciens chefs d’Etat, des chefs d’Etat en exercice, des ministres, etc. j’ai noté un déficit effrayant de connaissances sur le plan géopolitique, géostratégique, sur des questions qui engagent la sécurité de leurs Etats», a décrié Charles Onana. 

L’auteur du livre «Côte d’Ivoire, le coup d’Etat» en a voulu pour illustration la crise ivoirienne. «Lorsque j’ai traité la question ivoirienne, j’ai été sidéré de l’ignorance de beaucoup d’Ivoiriens sur ce qui leur était arrivé. Pourquoi, parce qu’aucun d’eux ne s’était intéressé au dossier rwandais. Or, ce qui est arrivé en Côte d’Ivoire, c’était exactement le schéma rwandais mais utilisé cette fois par la France contre le gouvernement en place. Les services de renseignement, les chefs d’Etat-major de l’armée ne comprenaient pas ce qui se passait. Ils avaient les forces Licornes sur leur territoire, sans en maitriser les enjeux politiques, géostratégiques», a-t-il ajouté 

«Quand on nomme un ministre en Afrique, généralement tout le monde en Occident sait d’où il vient, où il a étudié, on a son pedigree. Mais jamais les dirigeants africains ne savent, quand un ministre est nommé en Europe ou aux Etats-Unis, quel est son passé, ils ne savent rien du tout», a assuré l’essayiste franco-camerounais. 

 

© eburnienews.net 
Charles Onana

La France dans la terreur rwandaise
Charles Onana était invité sur Canal 2 International mardi à 21h30 avant tout pour parler de son dernier livre sur le Rwanda et éclairer la responsabilité de cette puissance sur les événements de 1994. 

Le journaliste d’investigation reste constant sur les positions défendues dans de précédents ouvrages sur ce que la communauté internationale considère comme le «génocide rwandais»; et que le FPR au pouvoir au Rwanda a tôt fait de requalifier en «génocide des Tutsis». Les Tutsis et les Hutus sont les deux principales ethnies du Rwanda, la première représente moins du quart de la population, tandis que la seconde rassemble 83 à 84% de Rwandais. une troisième ethnie, les Twa, généralement non considérée dans les luttes pour le pouvoir, représente 1 à 2% de la population. 

Pour l’essayiste, on a vite parlé de «génocide» au Rwanda «avant toute enquête.» «C’est le procureur qui aurait dû qualifier les faits». Et Charles Onana de reprendre des positions défendues dans plusieurs de ses ouvrages, à l’instar de «Ces tueurs Tutsi au cœur de la tragédie congolaise» (Duboris, 2009) ou «les secrets de la justice internationale» (Duboiris, 2005) à savoir selon lui que: c’est le FPR qui abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana en 1994, acte qui a précédé «les tueries» au Rwanda dès le 07 avril 1994; le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) n’a jugé que les Hutus en refusant d’enquêter du côté des Tutsis, auteurs selon lui également de nombreux massacres. 

Réfutant l’idée de la «planification» du génocide qui «n’a pas été démontrée par le TPIR», Charles Onana a rappelé que l'opération Turquoise, menée par la France, a été officiellement lancée le 23 juin 1994, après un vote du Conseil de sécurité des Nations-Unies, au moment où l’Armée patriotique rwandaise (APR) du FPR contrôlait déjà «les ¾ du territoire». Ces derniers, selon Charles Onana, avaient la capacité de rétablir l’ordre mais «ils ont laissé des Tutsis se faire massacrer» pour "justifier la prise du pouvoir." 

«la France est un acteur actif parce qu’elle n’a jamais caché son soutien au président Habyarimana. Mais par contre, les Etats-Unis, Israël, la Grande Bretagne, sont des acteurs actifs qui eux ont toujours dissimulé leur soutien envers le FPR en faisant sous-traiter leurs actions par l’Ouganda», affirme le journaliste d’investigation, recommandant de lire les résultats de ses enquêtes. 

Avec ses prises de position, Charles Onana est souvent traité de «négationniste»«révisionniste» par des associations des rescapés du «génocide» et des sympathisants du Front patriotique rwandais, d'essence Tutsi, au pouvoir au Rwanda depuis 21 ans. 

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