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Rwanda: retour sur les arrestations d'officiers supérieurs dans l'armée

L'ex-général rwandais Kayumba Nyamwasa (ici en juillet 2012) a été le premier à perdre son poste, en 2002.

Au Rwanda, le général Frank Rusagara et le capitaine à retraite David Kabuye sont tous deux soupçonnés de crimes liés à la sécurité de l'Etat, a confirmé le porte-parole de l'armée au quotidien pro-gouvernemental, le New Times. Ces arrestations impliquant d'anciens hauts gradés, en rappellent d’autres.
Après plusieurs jours de silence, le ministère de la Défense a fini par rendre publique l’arrestation du général Rusagara, mais il dit attendre les résultats des enquêtes en cours. Après lui, c’est le capitaine à la retraite David Kabuye, mari du colonel Rose Kabuye, l'une des personnalités accusées dans l'affaire de l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, qui a été arrêté. C'est ce que confirme le porte-parole de l'armée au quotidien progouvernemental, le New Times. Ces deux gradés ont été arrêtés pour des crimes liés à la sécurité de l'Etat, a-t-il ajouté, sans plus d'explication.

Ce n'est pas la première fois que des officiers supérieurs, parmi les plus connus de l'armée rwandaise, sont arrêtés ces dernières années ou subitement changés de poste, et ce après près de dix ans de stabilité au sein de l'état-major de l'armée et des services de renseignements. Preuve de l'intransigeance du président Paul Kagame pour tout mauvais comportement, selon ses admirateurs. Tentatives de faire taire toute dissidence et de mettre son armée au pas, selon ses détracteurs.

Certains choisissent l'exil

Le chef d'état-major de l'après-génocide Kayumba Nyamwasa est le premier à perdre son poste. En 2002, celui qui depuis est devenu opposant farouche au président Kagame est remplacé puis envoyé en Inde en tant qu'ambassadeur. Les chefs des services de renseignement sont eux remplacés en 2004. Ce fut le cas de Patrick Karegeya, pendant dix ans, chef des renseignements extérieurs. De 2004 à 2007, il fait deux séjours en prison pour insubordination. À sa sortie, il prend la route de l'exil et sera rejoint en 2010 par Kayumba Nyamwasa.

En 2010 justement, c'est au tour des généraux Karenzi Karake, l'un des ex-commandants de la Minuad au Darfour, et Charles Muhire, ancien chef d'état-major de l'armée de l'air d'être emprisonné pour fautes lourdes, l'un pour corruption, l'autre pour conduite immorale. Karenzi Karake sera promu l'année suivante à la tête du NISS, l'agence nationale qui regroupe tous les services de renseignement.

En 2012, c'est au tour des généraux Ibingira, Rutatina, Gumisiriza et du colonel Dan Munyaza, tous les quatre accusés d'exploiter illégalement des ressources au Congo avec des civils. L'année suivante, trois sur quatre seront promus en grade ou en poste au sein de l'état-major de l'armée ou de la police. Le frère de Kayumba Nyamwasa, le lieutenant-colonel Rugigana Ngabo, n'avait pas eu droit à la même clémence. Il avait été condamné à neuf ans de prison pour trahison et conspiration tendant à menacer la sécurité de l'Etat.

Objet de débat entre l'opposition et le pouvoir

En 2013, le chef d'état major Charles Kayonga perd son poste. Après quelques mois d'inactivité, il est nommé ambassadeur en Chine. Son ancien chef d'Etat major de l'armée de terre, le général Ceaser Kayizari, est lui nommé ambassadeur en Turquie. « Ce sont des postes prestigieux et pas une mesure d'éloignement », assure une source officielle rwandaise. Frank Rusagara, lui-même avait déjà été brièvement arrêté en 2007 avec le général Sam Kaka, tous deux pour obstruction à la justice. Ils avaient été relâchés au bout d'un mois et acquittés.

« Ceux qui sont promus le sont parce qu'ils ont présenté leurs excuses par écrit à Kagame. Dans ces lettres, ils s'accusent de crimes qu'ils n'ont même pas commis, ça sert de moyen de pression », assure un ancien officier de l'armée rwandaise, passé dans l'opposition. « Mensonges », s'indigne la source officielle rwandaise. « Les officiers en exil qui répandent ces rumeurs ont eux-mêmes fui le pays, car ils ont commis des crimes et ne voulaient pas faire face à la justice. »

Source: rfi.fr